COSMOPOLIS

Traduction de la 1ère page de  Cosmopolis 1

Bienvenue chez  Cosmopolis 

Permettez-moi de vous accueillir sur le premier numéro de Cosmopolis. La voix publique de Vance Integral Edition, alias : VIE.
 
Qu'est-ce que Cosmopolis?
   Cosmopolis est la voix du projet VIE. Les bénévoles et les abonnés du projet VIE reçoivent Cosmopolis automatiquement. Si vous ne souhaitez pas vous abonner ou être volontaire au projet VIE, vous êtes pourrez toujours recevoir Cosmopolis. Faites votre demande par e-mail à lacovara@infohwy.com. Vous pouvez également utiliser cette adresse e-mail pour vous retirer de la liste de diffusion de Cosmopolis. Nous espérons publier Cosmopolis sur une base mensuelle.
 
Qu’est ce que Vance Integral Edition?
   Le Vance Integral Edition est une société à but non lucratif dont l'objectif est d'aider à amener l’oeuvre de Jack Vance dans le courant de la littérature générale. C'est aussi le nom de la publication sur laquelle nous travaillons: un ensemble de soixante-volumes, comprenant les histoires, nouvelles et romans de Jack Vance. La motivation qui sous-tend le projent VIE est la conviction, non que Jack Vance devrait être reconnu comme une star dans les genres où il est déjà quelque-peu connu, mais qu'il est, tout simplement, l'un des meilleurs auteurs du vingtième siècle.
Bien sûr, notre édition limitée de l’oeuvre de Vance n’apportera pas, en soi, une notoriété plus importante à son oeuvre. C'est aussi la nature bénévole mondiale et sans précédent du projet VIE, basée sur internet, qui contribuera de manière importante à notre objectif de base. Le projet VIE fournira également des textes faisant autorité pour les publications futures de Vance, rendant disponible l’oeuvre de Vance sous un format approprié aux critiques et études serieuses.
    Le projet VIE est coordonné et dirigé presque entièrement au moyen des différents mécanismes de l'Internet. À quelques exceptions près, comme le Oakland work festival, le travail du projet VIE est organisé par voie électronique.
     Pour obtenir des informations générales sur le projet VIE, pour vous abonner ou pour en savoir plus sur les activités de bénévolat, allez sur www.vanceintegral.com.
Tout le monde est bienvenu! Aucune compétence particulière n'est requise, juste l'intérêt pour Jack Vance et son travail.


Bob Lacovara, rédacteur en chef de Cosmopolis


Point de vue

        Comme ont vient de le lire, l'objectif du projet VIE était ambitieux! Il y sont parvenus en grande partie: les 44 volumes de l'édition intégrale ont bien été publiés ... et vendus. Cependant on peut douter qu'aujourd'hui encore Jack Vance ne soit pas considéré QUE comme un écrivain de Science-Fiction, Fantasy et Policier. Mis à  part les inconditionnels et quelques intellectuels (américains) il reste assez peu connu du grand public -celui là même qui lit la "littérature générale contemporaine", et cela bien qu'il soit toujours reédité notamment en Europe, et qu'il existe un marché florissant des anciennes éditions sur ebay et autres.
          Des éditeurs comme Andreas Irle en Allemagne ont publié les oeuvres de Vance sous un format relié ( à l'ancienne) avec couverture neutre ( il a d'ailleurs inspiré le projet Vie à ce sujet) comme l'avait fait le CLA dans les années 70 en France; cependant la plupart des ouvrages réédités aujourd'hui ( y compris chez Spatterlight de John Vance) ont un format poche ou intermédiaire avec des couvertures typiquement SF ou Fantasy ( généralement de bonne facture), ce qui semble toujours être - pour les éditeurs - une condition obligatoire à la vente grand public ( ados comme adultes).
            Même si Jack Vance est reconnu par beaucoup comme un écrivain de genre de haut niveau, on peut estimer que sur ce plan, l'objectif de VIE n'a pas été entièrement atteint pour le moment. On peut espérer que le temps joue en sa faveur et qu'un jour de ce siècle le High School Diploma (bac) américain présentera un sujet sur Emphyrio! Mais ce n'est pas près d'arriver en France ou même en Europe...

CARTES

Traduction des Articles illustrés "VIE MAPS" sur Cosmopolis 46 et 47 en pdf

Carte Fens

Jack Vance est-il auteur de SF?

Cosmopolis n°1 2000
Avertissement du traducteur (JL E) :
      Ce texte de l’article de Paul Rhoads est un essai, pas une critique, il y exprime ses idées et avis très personnels et contestés (plutôt politiquement incorrects  à l'époque)  si quelques passages très courts ont été omis  =[...] c’est par souci de compréhension uniquement.




Jack Vance est il  auteur de Science-Fiction ?

    L’objectif du projet VIE (Vance Integral Edition) va au-delà de la simple impression de quelques livres. De même Il transcende la simple création d'une sorte de capsule temporelle qui fixerait et perpétuerait l’œuvre de Jack Vance. Derrière la gratification personnelle qui, pour chacun d'entre nous, est la principale motivation de participer à VIE, il y a un sentiment plus grand et bien plus généreux. [...]

La manière dont VIE a été structuré conduit à l’appropriation des livres par un petit groupe de privilégiés, nous n’avions pas l'énergie humaine nécessaire pour alimenter notre effort. Notre objectif principal est de faire passer Vance dans la conscience littéraire traditionnelle.
      En fonction de cet objectif à atteindre , le présent essai cherche à déterminer comment la relation de Vance à la science-fiction devrait - selon moi- être comprise.
Notre campagne publicitaire a trois phases :
1– contacter la communauté de SF de façon à sensibiliser des lecteurs de Vance pour qu'ils souscrivent et deviennent des volontaires.
2– Attirer l'attention sur VIE dans les médias en soulignant l'originalité du projet.
3– suivant le résultat de la phase 2, attirer l'attention de l'élite littéraire sur Vance lui-même. Les pensées exprimées dans cet article sont particulièrement destinées à cette phase .
      Beaucoup de lecteurs Cosmopolis, en plus d'être les lecteurs de Vance, sont des lecteurs de science-fiction. Dans mon essai à paraitre bientôt (Jack Vance, Appréciations Critiques et une Bibliographie) je développe des points sur la science-fiction que Cosmopolis 6 aura seulement esquissé. Un abrégé de cet essai a été publié en France en épilogue à Night Lamp chez Press Pocket (La Mémoire des Etoiles). Un commentateur Français sur le web a réagit ainsi: «Étonnant et irritant !» et certains lecteurs de Cosmopolis peuvent avoir des sentiments similaires.
Cependant, les trois points suivants ne doivent pas être oubliés :

1. Vance apprécie peu la science-fiction et ne se considère pas lui-même comme un auteur de science-fiction.
2. Le projet VIE concerne Jack Vance, pas la science-fiction.
3. Je suis convaincu que l'objectif de VIE ne sera jamais réalisé si l’on ne détache pas Vance des stigmates de ce genre.

Campagne pour légitimer la Science Fiction

       L’art, pourrait-on dire, est un ambassadeur entre la réalité et notre conscience intime. Il est lié à la réalité, mais en lui-même il est artificiel. Pour cette raison, les conséquences de la décadence artistique, bien que réels, sont indirects, à la différence, par exemple, d’un génie civil décadent pratiqué en Turquie. Pendant de nombreuses décennies, il y a eu des pressions pour modifier les définitions de l'art, pour briser les hiérarchies traditionnelles en faveur de « formes d'expression sous-privilégiées » - une sorte de décolonisation culturelle. La Science-fiction, comme tout autre minorité revendiquant le statut de victime, réclame « l'accès à la citadelle». Jusqu'à présent, elle en a été exclue avec succès, mais la défense d'une certaine compréhension de la littérature est à bout, et ne peut pas durer.
    En musique, il devient difficile de reléguer le jazz ou la world-music, ou même le rock, à un statut inférieur à celui de la musique classique. Ceux d'entre vous qui connaissent personnellement Vance peuvent sourire, car lui, considère que le jazz est supérieur à tous les autres musiques, y compris classique. Il défini même le jazz comme la musique « la plus aristocratique » et en fait un argument élaboré pour son cas. Notez cependant, et cela est compatible avec l'ensemble de la portée de son œuvre, que bien qu'il rejette la hiérarchie musicale actuelle, il ne rejette nullement la hiérarchie musicale elle-même. Et il ne milite pas pour imposer son point de vue, qu'il considère comme accessible seulement à une « élite intellectuelle minoritaire ». Dans les arts plastiques, la situation a depuis longtemps dépassé le point de crise. Le nivellement a été de rigueur depuis des décennies, et personne ne pense aujourd’hui même à revendiquer un statut plus élevé pour la peinture ou la sculpture – au sens traditionnel - que pour, disons, la vannerie. Beaucoup de gens approuvent cette situation, soulignant - à raison- que la vannerie est un art. Mais est-ce un art au niveau de l’Hermès de Praxitèle, La Piéta de Michel Ange, Le Penseur ou la Statue de la Liberté? Certains ne voient pas le problème, quelle différence, disent-ils, entre ces mots ? Le nivellement antihiérarchique peut être soutenu par simple ignorance, mais il est souvent motivé par des projets et des passions discutables. Ce n'est ni inoffensif, ni innocent et les « niveleurs » ont eu beaucoup de succès. Dans l'art d'aujourd'hui la laideur est la beauté, le non-sens est le sens, le haut est en bas. Allez au musée et regardez l'art contemporain. Est-ce une blague? Non. Où est réellement l’Art? Parti, et « bon débarras » vous diront-ils. Pourtant cette perte est un revers culturel important. La dilution de la littérature par la légitimation de la science-fiction serait un pas dans la même direction.
Quelles sont les revendications de ceux qui préconisent la légitimation de la science-fiction? Ils utilisent deux arguments.
   Le premier vise à la légitimer en prétendant que c’est une prolongation de la tradition d'Ovide, Dante, Rabelais, Swift et ainsi de suite. Mais les aspects fantasmagoriques dans les travaux en question ont des buts qui n’ont rien de commun avec les racines progressistes de la SF du IXème siècle et après.
Le second, beaucoup plus subtil et dangereux, l'argument en a été célèbrement exprimé par Theodore Sturgeon: 95% de la science-fiction est de la merde, mais 95% de TOUT est de la merde. L'implication est que les 5% non-merde de la science-fiction sont donc autant de l’art que les 5% non-merde de ce qu'on appelle la littérature générale.
    Mais l’est-ce vraiment? La formulation de Sturgeon obscurcit le propos car pour répondre à cette question, nous devons être en mesure de dire ce que la science-fiction est, et avoir une norme littéraire pour en juger.
Démêler tout cela est rendu difficile par quelques grains de vérité contenus dans ces arguments et par la dégénérescence dont notre culture a déjà souffert et où l’on peut entendre prononcer des affirmations telles que: « X est plus important ou plus beau que Y » : c’est un acte presque criminel.
Mais il est essentiel pour le projet VIE de plaider que Vance est non seulement un bien meilleur écrivain (lire: Artiste) que ceux qui peuplent le domaine de la SF, mais aussi une autre sorte d'écrivain: un écrivain traditionnel. Cet effort doit être accompagné d'une critique de la science-fiction. Certains peuvent objecter que pour élever Vance il n'y a pas besoin de démolir la science-fiction. Je suis en désaccord. Quiconque a essayé de faire lire du Vance à sa famille ou a ses amis sait qu'il est complètement embourbé dans ce genre; les gens refusent de le lire pour cette raison. Je crois qu'il sera impossible de déplacer Vance dans le courant dominant sans prouver qu'il ne fait PAS de la SF. Cela ne peut se faire sans définir la science-fiction, parce que si vous ne pouvez pas dire ce qu'est une chose, vous ne pouvez certainement pas dire ce qu'elle n’est pas. Nous pouvons utiliser une autre stratégie et dire: la science-fiction c’est bien, mais Jack Vance n’est pas un auteur de science-fiction, nous envoyons un message confus à notre sujet pour des gens convaincus que, 100% de la science-fiction c’est de la merde(pour paraphraser Sturgeon). Alors pourquoi ne pas essayer une troisième stratégie : laisser la science-fiction à l’écart, et juste dire: « Jack Vance est un grand ! » Parce que, et je le répète, Vance doit être extirpé de la science-fiction avant même que les gens ne le connaissent!

Quelle sorte d’écrivain est Vance?

    Tout le monde le sait, Vance est un écrivain exceptionnellement multiforme. Les premières histoires comme Dead Ahead ou The World Between sont en effet de la science-fiction dans une certaine mesure, bien que les aspects spécifiquement SF sont ironiques. Magic Green ou The Miracle Workers arrivent à mi-chemin entre science-fiction et la fantasy. Les livres avec Joe Bain sont des policiers, mais ne rappellent ni le modèle anglais policé-rural, ni le modèle américain, style urbain-grivois. D'autres policiers de Vance sont encore plus idiosyncrasiques, tout comme sa Fantasy. La Fantasy pure c’est le modèle Tolkien; elle s’est développée au vingtième siècle avec Hans Christian Andersen et d’autres auteurs de contes et mythologies; Elle a deux qualités: elle se prend au sérieux, et a quelque chose de magique comme un thème central qui conduit l'histoire. Bien sûr, la fantasy peut être plus ou moins que cela, Dunsany, comme Vance, a une tendance comique. Narnia de C. S. lewis ne correspond pas vraiment au modèle, car manquant de mythopoeia ou d’une logique interne cohérente. Mais la fantasy Vancienne dont Lyonesse est l’exemple le plus pur, manque aussi de mythopoeia, elle n’est même pas conduite par des choses magiques ou surnaturelles,. Lyonesse est une collection de différents mondes quasi-mythopoeïens qui ont chuté ensemble; royaumes magiques comme Irerly et Xabiste; endroits normaux où la magie pénètre plus ou moins (la forêt de Tantrevalles), ou pas du tout, comme dans les châteaux de Ska . Il y a des dryades grecques et des fées anglaises, tandis que les mangeurs de boue de Tanjecterly sortent de quelque recoin anthropologique de l'imagination de Vance. Quant à la magie qui conduit l'histoire: à ces occasions elle le fait de manière généralement comique, ou dans un dessein métaphorique ou satirique. Madouc retrouve son père via un processus ordinaire, après qu’une magie biologique complexe ait échoué. Persilian et Never-fail sont des adjonctions comiquement exaspérantes. Le roi des fées refuse d'accorder à Glyneth le pouvoir de comprendre le langage des insectes, parce que ce que les cafards ont à dire est trop horrible, et la prévient qu'elle n’entendra pas les dictons des animaux, et elle ne le fait jamais. [...]
Les histoires de Cugel et Rhialto sont uniques dans la littérature, mais se rapprochent beaucoup plus des livres Oz ou Les Voyages de Gulliver et Gargantua, que de ce que nous considérons comme la fantasy, puisque leurs principaux composants ne sont pas la magie, mais la fantaisie, la comédie et la satire.

La Science fiction

       L'essentiel du travail de Vance tombe dans la catégorie science-fiction. Qu'est-ce que la science-fiction? La réponse est assez simple: de la fiction sur la science. Bien que chaque auteur de science-fiction ait sa propre approche, la science-fiction est la spéculation sur l'avenir découlant de l'intérêt et l’enthousiasme pour le progrès scientifique -notamment technologique-. Une histoire de science-fiction typique est: « Les premiers hommes sur la Lune » de Wells, dans lequel un développement technologique permet aux hommes de se rendre sur la lune et de découvrir une race d'insectes géants et intelligents. La Machine à remonter le temps de Wells vire vers une sorte de satire réaliste, un récit édifiant et socialisant conçu pour effrayer la bourgeoisie. Mais comparez ces livres à « 1984 » ou « Brave New World » dont la classification comme science-fiction n’est pas vraiment acceptée par les gens qui s’y intéressent. Ces histoires ne sont pas motivés par l'intérêt de la technologie. Ils ne parlent pas d'explorer les conséquences de ces évolutions technologiques possibles telles que la surveillance universelle via la télévision (1984), ou de l'humanité fabriquée artificiellement (Brave New World). Au lieu de cela, les auteurs, désireux de décortiquer la nature du totalitarisme, ou les effets de la technologie sur notre humanité, utilisent ces technologies comme des dispositifs artistiques pour explorer les choses humaines. La différence est de l'intention. Elle est subtile, mais importante. Ce qui compte, sur les aspects futuristes de 1984 et Brave New World, n’est pas la spéculation, mais la façon dont ils contribuent à articuler et défendre les valeurs fondamentales et éternelles humaines: la liberté individuelle, et la nature humaine. Les auteurs de science-fiction sont, à proprement parler, intéressés par la technologie, tandis que les grands écrivains sont, avant tout, intéressés par l'humanité. Parce que l'humanité est plus importante, plus intéressante et mieux pourvue de possibilités artistiques que la technologie; la science fiction, en tant que genre, a un statut secondaire quelle que soit la qualité de certains écrits. Bien sûr, même le plus dur (hard science) des livres de science-fiction peut contenir un certain intérêt humain véritable: mais dans la mesure où il le fait; ce n'est plus de la science-fiction. [...]

Vance est il auteur de science-fiction ?

Dans toute la science-fiction il n’y a pas exemple plus parfait que les Vandales du Vide, un livre pour ado que Vance a écrit à la demande d’un éditeur en 1952. Il est aussi aussi scientifique que possible, laborieux, voire même éducatif, par son insistance sur la vraie physique des voyages dans l’espace.
Dans sa démystification de la notion de monstres de l'espace, il tourne en dérision les premiers hommes sur la Lune. Mais dans la grande majorité dans la science-fiction de Vance l'accent est mis ailleurs. Gold and Iron parle de la relation de colonisé à colonisateur. Les domaines de Koryphon est une critique de la décolonisation. Wyst est une critique de l'égalitarisme. Cadwal questionne sur les écologistes. Trullion parle du fond réactionnaire de la société, etc.. etc... Les planètes et les sociétés et Voyage dans ces histoires ne sont pas là pour leur propre bien. Tout est construit de telle sorte que Vance peut raconter l'histoire qu'il a à dire; et le centre d'intérêt, comme Orwell et Huxley, est toujours les choses humaines, les préoccupations réelles et éternelles pour l’âme et le cœur humain. Les livres où la science, la technologie et la magie sont les préoccupations les plus profondes, ne disposent pas du même sérieux.
Est-ce cela que constitue une insulte à la science ou à la science-fiction? Non.
      Certaines choses sont d'une plus grande dignité que d'autres choses. Cela ne les dégrade en rien. Tout a son importance et sa place unique. La tête et l'estomac, les mains et les pieds, doivent travailler ensemble. Mais la tête a plus de dignité que l'estomac, et les mains ont plus de dignité que les pieds. Chacun serait handicapé ou pire sans les autres, mais cela ne nie pas les différences, les différences qui nous permettent d'être ce que nous sommes. La science et la technologie sont d'une importance particulière dans notre société, mais cela ne veut pas dire qu'ils sont plus importants que ce qui nous rend humain. Après tout c’est notre humanité, qui permet à la science d’exister. La raison d'être des livres d’auteurs comme Niven, Aldiss ou Clarke, est la spéculation sur les technologies, comme les anneaux-mondes, les navires spatiaux générationnels, ou des ordinateurs émotifs. Ces choses ont leur fascination, leur légitimité, et même de l’importance (en particulier si elles commencent à devenir réalités- contrairement à la surveillance vidéo et au génie génétique, qui ne ne le sont pas). Bien qu'il ne soit pas illégitime de lire et d'apprécier la science-fiction, dans la littérature, comme dans tous les beaux-arts, ce sont des choses comme la nature de l'amour et de la haine, la beauté et la laideur, la bonté et le mal, qui comptent le plus. Pourquoi? parce qu'ils sont d'un intérêt humain plus profond et plus large, et donc ont une portée plus artistique.

Il n'y a pas de robots chez Vance et ses rares extra-terrestres ont peu d'importance réelle. Sur Tschai ils provoquent principalement des problèmes chez les humains, comme le Whanshmen (anciennement: Wankhmen), qui se dressent sur le chemin de l’épanouissement humain. Il y a des métaphores : les bureaucrates du gouvernement qui prennent soin d'eux-mêmes au détriment de leurs compatriotes (le Wannish [Wankh] tolérant un pouvoir d'Etat impersonnel et indifférent). les problèmes d’Anacho avec les Dirdir sont également des métaphores pour des problèmes strictement humains, de l'état de l'identité sexuelle, au désir de supériorité très humain . [...]
Ce sont ces thèmes, et la façon dont ils sont traités, qui donnent un niveau élevé à l'écriture de Vance. C’est même la dimension humaine de son art lui-même qui donne à ses mondes un réalisme satisfaisant. En revanche, les insectes intelligents de Wells sont un simple exercice de pseudoscience une « grotesquerie », cependant réussie et amusante. Les Dirdir, Chasch et Wannish, tout aussi grotesques, sont, comme les Les kthwans, des métaphores de types humains -comme les tribus exotiques et des groupes dans les livres d’Oz ou Les Voyages de Gulliver. Les Pnume sont des gens obsédés par l'information livresque au point que leur humanité se dessèche, quoique Vance, comme toujours, peut apprécier les vertus que de telles personnes pourraient avoir. Le grotesque en lui-même intéresse Vance pour des raisons comiques ou pour la façon dont les humains réagissent aux symboles projetés- Les Pnume sont soigneusement conçus à cet égard. Il y a toujours des harmoniques et un réel dessein littéraire. Un exemple évident: Blikdak, le démon confronté par deux jeunes amants dans Guyal de Sfere, est une personnification de la luxure.
Dans les premiers travaux, comme les maisons d’Iszm, The Dragon Masters ,The Gift of Gab, Nopalgarth ou The Narrow Land, la science dans la science-fiction est surtout la biologie, mais tout cela ressemble moins à de la SF cérébrale et pensive qu’à la joyeuse rencontre d'une imagination fertile et lunatique dans le délice de la diversité de la nature. Science fiction? Pensez aux canons à rayons fizzled-out de The Last Castle, ou le tueur de graines utilisé pour maîtriser le Fils de l'Arbre. De la plume d'un moindre artiste ceux-ci seraient carrément des caricatures.
Bien sûr, Vance n’est pas le seul auteur qui échappe aux limites de la science-fiction. Les Chroniques martiennes de Bradbury générent une humeur mélancolique et n’ont pas grand-chose à voir avec la science. Donc, je ne cherche pas à distinguer Vance comme unique à cet égard. Dans un sens, cependant, il est unique, et c’est un point révélateur que la science-fiction est toujours sérieuse, alors que Vance est un comique. Je ne veux pas dire que chaque ligne est une blague, mais, comme Gogol, Jane Austen ou Shakespeare, Vance est un de ces rares artistes qui voit le tragique et le ridicule ensemble. C’est la marque de sa grandeur.
Un exemple. Dans la science-fiction, les vaisseaux spatiaux sont en général des choses très sérieuses, (pour plein de raisons qui n’ont pas besoin d’être développées ici). Mais jamais dans Vance:

... Le Glodwyn: un navire de taille moyenne, laqué dans les tons d'or et vert, avec ses excroissances de capteurs couleur prune rouge. Dame Hester fut favorablement impressionnée par les surfaces extérieures brillantes, la taille et la solidité du navire, et ses aménagements intérieurs, qu'elle trouva de façon inattendue luxueux. "c’est du beau travail," dit-elle à Myron. "Le salon est très commode et les finitions semblent de bonne qualité. Je ne peux pas me plaindre du décor; il est pittoresque, mais de bon goût. Je suis surpris que tout ce qui touche à une brute avérée comme Gower Hatchkey puisse être autrement que négligé. Ses remarques concernant ma personne étaient vraiment inacceptables! "…

Escales dans les étoiles

Il n'y a rien, et de loin, qui ressemble à cela dans tout le reste de la science-fiction. Pour commencer, Glodwyn est un nom qui va à l’encontre de ce à quoi s’attend le lecteur de science-fiction, il ne fait pas réference à un moteur supra luminique, mais seulement au décor, aux salons, au brillant des surfaces extérieures. Ce sont les aspects qui intéressent Dame Hester, dont les préoccupations ont rien à voir avec ceux du lecteur de science-fiction. Elle ne pense qu’à conserver sa jeunesse et à punir Hatchkey, son ennemi qui l'a blessée à l'endroit le plus délicat: son image de soi en tant que jeune sylphide. Il n’y a rien dans cette histoire très humaine qui ait une place dans la science-fiction, à proprement parler. Bien sûr, il y a des histoires humaines dans toute la science-fiction, mais ces histoires humaines ne servent qu’à animer des mondes inventés. Dans Vance les mondes inventés servent une histoire humaine.
Le fait que Vance soit un auteur de SF a des raisons économiques. Il aurait plutôt écrit des policiers, mais les éditeurs qui ont accepté son travail vendaient de la science-fiction. Ils ont leurs propres écuries d'écrivains, d'illustrateurs et leur réseau de distributeurs. Ces entreprises commerciales sont difficiles à édifier et à entretenir. Vance voulait gagner sa vie avec sa plume et, pour un artiste, il est important d'avoir une relation avec un promoteur. Son travail ne rentre pase bien dans ce genre, mais il a vendu - jamais très bien - mais suffisamment.

Le style? N’est-ce pas cela qui fait de la littérature la Littérature?

Lisez à haute voix le passage de Escales dans les étoiles. Notez comment les phrases roulent avec une mesure poétique, et comment chaque mot est une agréable surprise. Le cortège d'idées est également surprenant, mais procède de la logique, de la description du navire, à son approbation par Dame Hester, à son dénigrement de Hatchkey, à son obsession du mal qu'il lui a fait ! Vance est un écrivain, ou, comme j’insiste toujours; un artiste. Une telle prose est exceptionnelle et peut être hardiment comparée au meilleur de la littérature. Ceci, en dépit de tout ce qu’on a dit sur le style Vance, ce n’est pas qu’une simple question d’élaboration de mots. Le style ne signifie rien en dehors de ce qu'il sert, c’est le sens qui compte. Les mots n’ont aucune raison-d'être sans signification. Les arabesques de mots qui n’ont pas de signification utile sont ennuyeuses à l'extrême, pire que la peinture abstraite, qui au moins peut avoir un attrait décoratif. Dans Vance, les thèmes humains importants sont expliqués avec un sens artistique au plus haut degré. Son écume dansante, ses idées et tout, la grande légèreté de touche, sont la marque principale de ce talent artistique.
Il y a, comme je l'ai déjà mentionné plus haut, une autre science fiction qui est pas centrée sur la technologie. Un premier exemple pourrait être Dune. Ce livre est disponible partout en permanence dans les rayonss de science-fiction, c’est, sans aucun doute, l'un des grands classiques du genre - faisant partie des célèbres 5% de Sturgeon .(..) L’approbation évidente et admirative d’Herbert pour le jihad et la drogue-culture qui sont les deux éléments majeurs sous-jacents de ce livre n’ont intrinsèquement rien à voir avec la science-fiction. Son monde du désert ce n’est que le Sahara transformé en planète, encore une fois, pas vraiment de la science-fiction. D'autre part, ses vers sont des monstres fantasmagorique, à qui il manque cependant à la fois les connotations biologiques et satyriques des dragons de Vance, et les utilisations comiques des bêtes de worminger Drofo et Fuscule. Bien sûr, le lien entre la navigation spatiale, les navigateurs aliens et l’'épice, permet de faire passer l'utilisation de drogues dans l’univers SF. Personnellement, il me semble que beaucoup des thèmes de Dune sont de mauvais goût. Je pense - peut-être injustement, qu'il flatte les tendances auto indulgentes et lubriques chez les adolescents : une chose que Vance ne fait jamais. En outre, la prose d’Herbert me procure peu de plaisir, pour ne pas dire aucun. Je ne trouve aucune vertu dans ce livre, aucune ; lorsque je l'ai lu, je me suis efforcé de garder l'esprit toujours ouvert. Si je l'avais lu à l’age de dix-huit ans, au lieu de plus tard, mes sentiments auraient certainement été différents, mais cette icône de la science-fiction me semble plutôt tomber dans la catégorie des 95% de Sturgeon. Ceci est un point sur lequel la plupart des gens peuvent être en désaccord; certains de mes meilleurs amis admirent Dune. J’aimerais bien lire une défense sérieuse de ce livre, avec des extraits à l'appui, et un traitement des thèmes qui prend au sérieux les objections qu'ils rencontrent -peut-être dans Cosmopolis?

Paul Rhoads
Cosmopolis n°1 - 2000                                                             

     Traduction JL E

Cx3 Cosmopolis Relié

Article traduit de l'américain
 CX3
Qui
Il y a quelque temps, certains anciens bénévoles de VIE ont décidé que ce serait bien d'avoir une version reliée de Cosmopolis. Après  discussion, nous avons décidé de le faire. Dans ce but un comité s’est formé, il est composé  de Brian Gharst (qui a eu l'idée en tête), de Greg Hansen (l'un des fondateurs de Foreverness), de Thomas Rydbeck, de Paul Rhoads, de Joel Anderson et de Hans van der Veeke.
 
Pourquoi
Nous nous sommes engagés à préserver l'histoire du projet VIE, l’effort de 300 bénévoles pendant 6 ans. A l’intar des volumes VIE -par opposition aux archives électroniques- qui sont  la réalisation majeure du projet pour préserver l'œuvre de Jack Vance, un ensemble Cosmopolis imprimé et relié sera la meilleure préservation de cette histoire. Le projet VIE a été un événement important dans la vie de nombreuses  personnes et, à notre avis, c’est l'honneur le plus grand et le plus profondément démocratique jamais accordé à un écrivain.
 
Comment
Cosmopolis relié sera composés de 3 volumes d'environ 500 pages chacun, reliés de manière non identique aux  volumes de VIE mais restant en harmonie. Nous pouvons, ou ne pouvons pas, proposer une version «deluxe». Il n'y aura pas de couleur, de sorte que les images en couleur dans e-Cosmopolis seront rendues en noir et blanc. Il y aura toutefois une table des matières générale, souvent plus détaillée que les listes de contenu des numéros eux-mêmes, ainsi qu'un index, y compris les noms de volontaires et d'abonnés, les personnages de Vance, d'autres auteurs, etc.
 
Prix
L'estimation que nous avons maintenant est que les volumes coûteront environ 70 euros chacun - selon le design - plus l'expédition, et seront vendus comme un ensemble uniquement. Nous travaillons avec Stefania Zacco, qui a produit les volumes VIE et qui nous a aussi calculé cette estimation
 
Récemment, nous avons été contactés par le président du conseil d'administration de  VIE, qui répondait à une demande d’octroi d'une subvention concernant la préservation de Cosmopolis et l'historique du projet VIE qu'il représente, par la publication d'une version imprimée du mensuel VIE en trois volumes - ce que nous appelons officieusement Cx3. La subvention servira à abaisser le prix de l'abonnement, nous espérons aux environs des deux tiers du coût de production – soit pour les premiers 50 ou 75 abonnés - à environ 100 euros, ou, nous l'espérons, moins – selon la manière dont se développent les détails de la production.

ref: http://web.archive.org/web/20160403115632/http://www.integralarchive.org:80/bound-cosmopolis.htm .

cosmopolis 1

parution du 1er numéro  de COSMOPOLIS en janvier 2000

FOREVERNESS

vous pouvez consulter tous les numéros de COSMOPOLIS ( 1 à 63) ici:

http://www.vanderveeke.net/foreverness/base1.htm