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L'INSTITUT
(article paru sur Le grand vance wordpress le 15/0/2020)
Cet article traite d’un aspect sous-jacent du contexte dans lequel évoluent les personnages de l’œuvre : l’Institut, une organisation élitiste répandue sur tous les mondes humains. Ses actions sont connues mais ses motivations sont opaques ou peu compréhensibles et souvent critiquées.
Une lecture préalable de l’œuvre est recommandée, les nombreuses citations peuvent révéler des points majeurs de l’intrigue.
Dans les romans de la geste des Princes Démons, Jack Vance nous fait connaître l’Institut en l’abordant de deux manières : d’abord par des textes introductifs en tête de chapitre (épigraphes) qui donnent un point de vue différent de l’action ou situent indirectement le contexte par des extraits d’interviews, citations de livres, article de journaux etc. (ainsi que des notes de bas de page détaillant des aspects secondaires ou des termes exotiques) cette manière de procéder inaugurée dans cette série (les épigraphes constituent près de dix pour cent du texte total) devindra une des caractéristiques de l’écriture de Vance.
Deuxièmes méthode, Vance fait participer -malgré eux- certains personnages, membres de l’Institut, directement à l’action dévoilant une part du mystère de cette organisation et de son action diffuse et discrète mais aussi parfois spectaculaire.
Cet Institut imaginé par Vance comme le grain de sable dans les rouages de la société est un concept séduisant (Frank Herbert, grand ami de Vance l’avait partiellement abordé en 1964 dans sa nouvelle The Tactful Saboteur et développé plus tard dans sa série des « Saboteurs »)
On peut comparer l’Institut à une sorte de confrérie maçonnique aux motivations inversées. La Franc-maçonnerie, et l’Institut cultivent la discrétion et l’influence souterraine, ses membres sont nommés apprentis / catéchumènes, Maîtres / Dixade, Vénérable /Triune, leur philosophie commune étant de faire évoluer la société - « évoluer » ayant un sens contraire pour chacune des deux.
L’Œcoumène comme plus tard l’Aire Gaïane, sont des créations qui placent Vance dans une catégorie à part du Space-Opéra, car cet environnement et ces mondes diffèrent complètement du courant habituel de la SF : pas d’empire interstellaire, pas de batailles spatiales démesurées ni robots ou vaisseaux tueurs, tout chez Vance est à l’échelle humaine. La science est parvenue jusqu’au vol spatial évolué mais globalement tout parait figé et parfois régressif avec de nombreux mondes se contentant d’un niveau presque moyenâgeux dès que l’on sort du rayon de l’astroport. Il est probable que Vance ait conçu l’Institut comme l’artisan -la cause et la justification- de cet état d’apparente stagnation globale.
L’Institut constitue donc la particularité la plus singulière de cet univers humain très stable ou tout progrès excessif a été sournoisement étouffé dans l’œuf.
Vous trouverez ici un aperçu des motivations, des buts, du fonctionnement et des actions de l’Institut –selon Vance- avec l’aide de citations extraites de la « Geste des Princes Démons ».
Les princes démons
En France le cycle est intitulé La Geste des Princes Démons.
Les « Princes Démons » sont des criminels qui se sont associés (à une unique reprise) pour mettre à sac un établissement agricole sur le monde de Providence, une des planètes de l’Œcoumène et emporter sa population en esclavage. Le thème de la série est la vengeance d’un survivant qui poursuit chacun des princes démons pour les mettre hors d’état de nuire.
Ces romans sont traités comme des enquêtes policières sur fond de Space-Opera dans un univers SF, une quête vengeresse à la « Monte-Cristo » (Vance admirait Dumas).
Chaque volume est consacré à la traque de l’un des cinq princes démons :
Le Prince des étoiles (Star King, 1964), pour Attel Malagate dit « le monstre »
La Machine à tuer (The Killing Machine, 1964), pour Kokor Hekkus réputé immortel, humain en apparence seulement.
Le Palais de l'amour (The Palace of Love, 1967), pour Viole Falushe, esthète libertin et perfide.
Le Visage du démon (The Face, 1979), pour Lens Larque le répugnant Darsh.
Le Livre des rêves (The Book of Dreams, 1981), pour Howard Alan Treesong, mégalomane et impitoyable.
Le héros est Kirth Gersen, adolescent au moment du raid esclavagiste sur la colonie de Mount Pleasant, il a été élevé et instruit par son grand-père dans l’unique but de la vengeance. C’est un héros Vancien typique : Déterminé, rusé et compétent mais parfois désabusé ou mélancolique.
Le cadre se situe dans l’Œcoumène, dans un avenir assez lointain (36ème siècle) : une civilisation humaine plutôt homogène éparpillée sur une centaine de planètes indépendantes et aux régimes très diversifiés, dans une partie de la galaxie, où la « paix galactique » est assurée par des organismes privés, principalement la CCPI (Compagnie de coordination de police intermondiale) organe non-gouvernemental qui fait appliquer les lois déterminées par l’association des mondes civilisés.
Les planètes de l’Œcoumène ont une langue et une culture commune et l’environnement est relativement stable en partie grâce à l’influence de différents acteurs comme la corporation Jarnell qui a le monopole des moteurs spatiaux, la Ligue pour le Progrès Planifié, la CCPI et différentes entités Culturelles et Financières, les Universités, les Explorateurs et plus profondément l’Institut, une entité peu voyante mais omniprésente.
Hors de l’Œcoumène se trouve l’Au-delà, sorte de far-West où se réfugient les hors la loi et les extrémistes de tous bords.
L’Institut à un rôle important dans les trois premiers volumes de la série, aucun dans le quatrième mais majeur dans le dernier, le Livre des rêves.
L'Institut dans les princes démons
1 - Le Prince des étoiles
Dans le premier roman de la série des Princes Démons l’institut est mentionné pour la première fois dans une lettre du grand père de Kirth Gersen, on y apprend que c’est un organisme séculaire et glorieux où une discipline stricte est appliquée aux apprentis jusqu’au quatorzième degré :
(Chapitre II)
« Il te reste encore beaucoup à apprendre. Je te conseillerais de t’inscrire à l’Institut, si je ne craignais que les strictes disciplines qui règnent à l’intérieur de ce vénérable organisme ne conviennent que fort peu à ton caractère. Adopte la voie qui te paraîtra la meilleure.
(...)Peut-être te sentiras-tu les coudées plus franches à l’extérieur de l’Institut. Des conditions rigoureuses sont imposées aux catéchumènes pendant les quatorze premiers degrés. »
Dans l’épigraphe du chapitre VI, Vance « cite » un ouvrage de philosophie sociale : « les hommes de l’Œcoumène » qui disserte sur la perte d’ambition de l’humanité et s’interroge sur l’Influence possible de l’Institut sur la mentalité humaine et constate que l’Institut est effectivement très influent et contient en son sein des savants de haut niveau, en contradiction avec le faible niveau général de la population.
Épigraphe
(...) « La conscience que les richesses de la galaxie sont à portée de notre main nous donne-t-elle un sentiment de complaisance et de sécurité ? La vie contemporaine est-elle rassasiée par un régime trop riche en nouveautés ? Est-ce l’Institut qui exerce un contrôle plus étroit qu’on ne le pense sur la mentalité humaine ?
(...) ce sont les associations privées, ou, au mieux, semi-publiques, qui constituent les systèmes les plus influents et les plus efficaces : tels, la CCPI, l’Institut et la Corporation Jarnell.
Le second point est le déclin du niveau général de l’éducation. La distance qui sépare les extrêmes est de plus en plus grande : les savants de l’Institut d’une part et, disons, les serfs d’un État Tertullien d’autre part. »
Chapitre VII
Toujours dans une épigraphe, après une citation d’Oswald Spengler (Le déclin de l’occident) Vance délivre cette citation énigmatique d’un membre de l’institut :
« Qui sont nos ennemis fondamentaux ? C’est là un secret qu’ignorent nos ennemis fondamentaux eux-mêmes. » (Xavier Skolcamp, membre centi-phase de l’Institut, en réponse à la question trop indiscrète d’un journaliste.)
Chapitre VIII
Dans l’épigraphe de ce chapitre Vance présente la déclaration publique et provocante d’un haut membre de l’institut qui affirme que l’institut est une vaste organisation réactionnaire qui n’hésite pas à procéder au sabotage discret de certaines recherches scientifiques, ajoutant que les membres de l’Institut sont riches et privilégiés et bien qu’à la base l’Institut soit ouvert à tous, l’écrémage est important dès les premiers échelons. Il justifie le contrôle de la diffusion des connaissances pour éviter l’eventualité d’une tyrannie des mégalomanes.
L’Institut pense œuvrer pour le bien de l’humanité en prônant la simplicité et le « retour aux sources » et a pour précepte que trop de science est nuisible.
Il constate aussi qu’il n’y a pas de criminel notoire au sein de l’institut.
« Oui, nous formons une organisation réactionnaire, secrète, maléfique. Nous possédons des agents partout. Nous connaissons mille procédés pour décourager la recherche, saboter les expériences, fausser les renseignements. Et même à l’intérieur des laboratoires de l’Institut, nous procédons avec délibération et discrétion.
» Cependant, permettez-moi de répondre maintenant à quelques questions et accusations qui nous viennent souvent aux oreilles. Les membres de l’Institut jouissent-ils de la richesse, des privilèges, de la puissance, sont-ils dispensés d’obéir aux lois ? L’honnêteté nous oblige à répondre : oui, à des degrés divers qui dépendent des circonstances et des contingences.
» Dans ce cas, l’Institut serait un groupe fermé, limité ? En aucune sorte. Nous nous considérons, évidemment, comme une élite intellectuelle. Mais nos portes sont ouvertes à tous, bien que peu de nos catéchumènes franchissent la cinquième phase.
» Notre politique ? Plutôt simple. L’ère spatiale a mis une arme terrible entre les mains des mégalomanes qui se trouvent dans notre sein. Il existe d’autres connaissances qui, si elles étaient mises à leur disposition, pourraient leur assurer un pouvoir tyrannique. C’est pourquoi nous contrôlons la dissémination de la connaissance. »
(...) « Malgré sa brutalité et ses excès de cruauté, nous envions à l’humanité archaïque ses expériences ardentes. Nous prétendons que la récompense après l’effort, le triomphe après l’adversité, l’accomplissement d’un projet longuement poursuivi, procurent plus de satisfaction qu’une prébende nutritive puisée à la mamelle d’un gouvernement bonasse. »
(Extrait d’une allocution prononcée à la télévision par Madian Carbuke, Membre centi-phase de l’Institut, 2 décembre 1502.) »
« Question posée à l’occasion aux membres de l’Institut :
Les Princes des Étoiles sont-ils inclus dans la Confrérie ?
Réponse habituelle :
Nous espérons bien que non. »
« Devise de l’Institut : Un petit peu de science est une chose dangereuse, une vaste science est un désastre. Ce que les détracteurs de l’Institut paraphrasent dédaigneusement ainsi : L’ignorance du voisin est une bénédiction. »2 - La machine à Tuer (19)
Chapitre III
Nous en apprenons un peu plus sur la philosophie de l’institut : L’homme est un compromis entre vices et qualités et rechercher la perfection laisse présager un avenir détestable
(Épigraphe)
« Déclaration de Xaviar Skolcamp, membre centiphase de l’Institut, au cours d’une conversation à bâtons rompus avec un journaliste :
L’humanité est ancienne ; la civilisation est jeune : les rouages ne sauraient fonctionner sans grincer. Et c’est aussi bien comme cela. Nul être humain ne doit jamais pénétrer dans un édifice de verre ou de métal, dans un astronef ou un sous-marin, sans ressentir un léger frisson de saisissement ; nul ne doit renoncer à une attitude professionnelle sans fournir un modeste effort en contrepartie… En tant que membres de l’Institut, nous recevons une formation historique intense ; nous connaissons les hommes du passé ; nous avons conçu des douzaines d’extrapolations pour l’avenir. Sans exception, elles sont toutes exécrables. L’homme, tel qu’il existe actuellement avec ses qualités et ses vices, avec ses compromis glorieusement répartis entre deux pôles d’une stérilité absolue, l’homme constitue un optimum. C’est du moins ce que nous croyons, nous qui sommes des hommes. »
D’un point de vue opposé, L’homme de base n’admet pas le détachement de l’Institut et sa promotion du dur labeur :
« Motif invoqué par un agriculteur lors de sa comparution devant le tribunal de police pour agression sur la personne de Bose Coggindell, membre de l’Institut au cinquante-quatrième degré :
Ces gens-là ne s’en font pas. Ils vous disent : Souffrez, vous verrez comme c’est bien ; peinez : trimez. Ils voudraient que j’attelle ma femme à la charrue, comme dans les anciens temps, J’ai voulu lui faire voir ce que je pensais de son soi-disant détachement. »
Chapitre III
L’institut entre dans le récit, Kirth Gersen est en contact direct avec un des membres dont les enfants ont été kidnappés par Kokor Hekkus un des princes démons. Gersen sait que les membres de l’Institut bannissent l’émotion et refusent toute pression extérieure.
Gersen apprend sans grande surprise que l’Institut considère certains grands criminels comme un mal salutaire« Les Centiphases et autres membres de haut rang étaient requis de conserver une impassibilité absolue en présence de pressions extérieures quelles qu’elles fussent. Pour Duschane Audmar, le fait d’acquitter la rançon de ses enfants serait une indigne soumission qui l’exposerait, en même temps que tout l’Institut, à d’autres contraintes venues du dehors. Personne n’ignorait cela. Pour la centième fois, Gersen se demanda ce qui avait pu pousser les ravisseurs à s’attaquer à un membre de l’Institut. S’agissait-il d’une simple méprise ? Ou Duchane Audmar avait-il failli en d’autres occasions ? »
« Très bien. Vous êtes un onzième. Vous savez ce qu’il vous reste à faire. Trouvez pourquoi Kokor Hekkus a besoin d’une telle somme. C’est un être inventif et imaginatif – une source d’étonnement constante. Sous bien des aspects, l’Institut voit en lui un homme remarquable et considère que certains sous-produits de ses activités au service du mal ont un caractère propice. Je ne puis en dire plus. »
« « Je suis académicien diplômé du Collège Scientifique de Boomaraw, sur Lorgan, et en fait j’étais chargé de recherches sur les poissons plats de l’océan de Neuster jusqu’à la révocation de mon contrat – encore un mauvais coup dû à la politique rétrograde de l’Institut, j’imagine.
Chapitre VIII
Les scientifiques reprochent à l’Institut sa politique rétrograde qui a des conséquences sur leur vie.
— Oui, c’est bien malheureux, approuva Gersen. On se demande où tout cela va finir. Que veulent-ils donc ? Que nous redevenions tous des hommes des cavernes ?
— Qui peut savoir ce que ces éternels mécontents ont dans la tête ? On dit que peu à peu ils sont en train de s’assurer le contrôle de la Corporation de Jarnell et que dès qu’ils auront en main leur cinquante et un pour cent, alors pfuitt ! plus d’astronefs, plus de voyages dans l’espace. Et qu’est-ce que nous deviendrons ? Qu’est-ce que je deviendrai, sans travail, si je suis assez infortuné pour être encore en vie ? Non. Ces gens-là, moi, je les vomis.
Chapitre XI
D’après Gersen, les membres de l’Institut sont des philosophes.
« Je ne sais comment m’exprimer… mais à une époque où hommes et femmes voyagent dans l’espace à des vitesses miraculeuses, où une centaine de mondes s’organisent en « Œcoumène », où plus rien ne semble impossible à la raison humaine, cette lointaine petite planète,(Thamber) avec ses extrêmes de vertu et de vice, me semble proprement impensable.
(...)Cela dépend, dit-il, de la façon dont vous envisagez l’humanité, avec son passé, son présent, mais aussi ses espoirs futurs. La plupart des habitants de l’Œcoumène vous donneraient probablement raison. Mais l’Institut… (Il eut un rire blasé) préférerait sans aucun doute que l’Œcoumène ressemble un peu plus à Thamber que sa vie de tous les jours.
— Je ne sais rien de l’Institut, fit Alusz Iphigenia. Est-ce que ce sont des hommes méchants, ou des criminels ?
— Non, déclara Gersen. Ce sont des philosophes… »
3 - Le Palais de l’Amour (11)
Chapitre IIL’Institut est à l’affut d’activités « suspectes » qui peuvent influer sur des événements divers.
Chapitre IV« Gersen : Le tueur que j’engagerai, ma future victime pourrait fort bien l’engager à son tour pour me tuer. J’ajouterai une autre raison à mon activité : je n’ai pas besoin de publicité ; je dois rester dans l’ombre pour agir efficacement. Je crains déjà d’avoir été repéré par l’Institut. Ce serait très grave. »
Gersen possède le journal Cosmopolis, ses journalistes le préviennent : l’Institut est mystérieux pour le grand public qui ne connait pas ses buts réels et ne veut surtout pas les connaitre.
« Comment saurons-nous sur quels sujets écrire ?
— J’ai une ou deux petites idées, dit Gersen. Par exemple, l’Institut aurait grand besoin de renouvellement. Quels sont ses buts actuels ? Qui sont les hommes des degrés 101, 102, et 103 ? Quelles informations ont-ils supprimées ? Qu’en est-il de Tyron Russ et de sa machine antigravitionnelle ? L’Institut mérite une enquête approfondie, ne croyez-vous pas ? Vous pourriez fort bien lui consacrer un numéro spécial.
— Ne trouvez-vous pas que c’est un peu… austère ? Le public s’intéresse-t-il réellement à ces questions ?
— Il devrait. »
Chapitre X
Vance livre des informations toujours par le canal indirect de l’épigraphe :
L’Institut s’est formé naturellement quinze siècles auparavant comme un anticorps faisant face à l’attaque de la société humaine par quatre fléaux :
L’assainissement » généralisé de l’eau par des produits chimiques et drogues.
Les progrès de la génétique encourageant la modification du génome humain
Le contrôle de l’information par les médias
Le progrès technique dévalorisant la création de l’esprit humain
Épigraphe
Chapitre XI« Extrait d’un débat télévisé sur Avente, Alphanor, le 10 juillet 1521, entre Gowman Hachieri, conseiller de la Ligue pour le Progrès Planifié, et Slizor Jesno, membre de l’Institut, 98e degré.
Hachieri : Donc, selon vous, l’Institut, à l’origine, n’était pas un ramassis de criminels ?
Jesno : Pas plus que la Ligue n’est un ramassis de révoltés, d’irresponsables, de traîtres et d’hypocondriaques suicidaires.
H. : Vous n’avez pas répondu à ma question.
J. : Le flou et l’imprécision des termes que vous avez employés déforment complètement la réalité.
H. : Décrivez-nous alors la réalité en ternies exacts et précis.
J. : Il y a quinze cents ans, il devint patent que les lois et les Institutions chargées d’assurer notre sécurité ne pouvaient plus défendre la race humaine contre quatre fléaux aussi redoutables qu’insidieux. Premier fléau : l’adjonction dans l’eau courante, d’une façon générale et systématique, de drogues, tonifiants, tenseurs, stimulants et autres produits prophylactiques. Deuxième fléau : les progrès de la génétique qui autorisaient et encourageaient divers secteurs à modifier, selon les besoins biologiques et les nécessités politiques du moment, le potentiel héréditaire de l’homme. Troisième fléau : le contrôle de l’information par le biais des médias. Quatrième fléau enfin : le développement du machinisme et de l’automatisme qui, au nom du progrès social et du bien-être général, tendaient à dévaloriser, sinon à étouffer l’esprit d’entreprise, l’imagination créatrice et les satisfactions qu’ils engendrent.
Je ne parlerai pas de myopie intellectuelle, d’irresponsabilité, de masochisme ni de tentative désespérée pour retrouver le ventre maternel ; ce serait inutile. Je dirai que le monde ressemblait alors à un organisme humain attaqué par quatre cancers. L’Institut s’est développé de lui-même, comme un sérum prophylactique dans un corps menacé. »
L’Institut peut parfois avoir recours à des moyens extrêmes. L’Institut déclare que vouloir créer une société idéale par des moyens artificiels aboutira à un résultat catastrophique.
Les membres de l’Institut sont perçus par leurs adversaires comme des conservateurs immobilistesAu final, les adversaires de l’Institut (la Ligue pour le Progrès Planifié,) le considèrent comme tyrannique et sont prêts à en découdre
Épigraphe
« Extrait d’un débat télévisé sur Avente, Alphanor, le 10 juillet 1521, entre Gowman Haohieri, conseiller de la Ligue pour le Progrès Planifié, et Slizor Jesno, membre de l’Institut, 98e degré.
Hachieri : Vous reconnaissez donc que l’Institut organise l’assassinat de ceux qui cherchent à développer le progrès ?
Jesno : C’est vous qui l’affirmez.
H. : Procédez-vous, oui ou non, à des exécutions ?
J. : Je n’ai nulle envie de discuter des principes de notre tactique. Les circonstances qui rendent un meurtre nécessaire se rencontrent rarement.
H. : Mais elles se rencontrent quand même ?
J. : En cas d’attaque flagrante et indiscutable de l’organisme humain.
H. : Ne donnez-vous pas au mot attaque une définition arbitraire ? Ne seriez-vous pas plutôt opposés à tout changement ? N’êtes-vous pas, en fait, des conservateurs irréductibles, des partisans acharnés de l’immobilisme ?
J. : Je réponds non à ces trois questions. Nous souhaitons une évolution naturelle, organique. La race humaine est loin d’atteindre la perfection, je ne vous l’apprendrai pas. Lorsque des hommes tentent de remédier à cet état de fait, de créer un « être idéal » ou une « société idéale », ils provoquent nécessairement un phénomène de compensation qui peut prendre des formes variées. Les remèdes s’ajoutent aux imperfections naturelles pour créer un filtre déformant. Ils sont pires que le mal. L’évolution naturelle, la lente abrasion de l’homme par l’environnement, a contribué à améliorer notre race d’une manière indiscutable. Nous ne verrons peut-être jamais l’homme parfait ou la société parfaite. Mais nous ne connaîtrons pas non plus l’homme artificiel ou le « progrès planifié » artificiellement que nous promet la Ligue. Du moins tant que notre race sécrétera ces anticorps qu’on baptise globalement l’Institut.
H. : Quelle éloquence ! En apparence, vous avez raison ; en réalité, votre réponse est tout à fait spécieuse. Vous souhaitez, dites-vous, que l’évolution naisse de « l’abrasion de l’homme par son environnement ». Mais cet environnement inclut l’homme. La Ligue aussi en fait partie. Nous ne sommes ni des êtres artificiels ni des esprits malades, nous sommes des hommes naturels. Les défauts de l’Œcoumène n’ont rien de mystérieux ni d’incompréhensible, on peut fort bien y porter remède. Nous, les membres de la Ligue, nous voulons passer à l’action. Nous ne nous laisserons pas intimider ni dissuader. En cas de menace, nous nous protégerons. Nous ne manquerons pas de moyens pour le faire. La tyrannie de l’Institut est arrivée à son terme. Il est temps que la communauté humaine suive des idées neuves. »
4 - Le Visage du Démon (0)
Aucune mention.Ce volume est paru 12 ans après le précédent.
Il est souvent considéré comme le meilleur des cinq mais l’Institut n'y joue aucun rôle, même indirect.
5 - Le livre des Rêves
(29 citations)
Le dernier opus des princes Démons met au premier plan l’Institut et ses membres du plus haut échelon et on va en apprendre beaucoup sur le fonctionnement et les mystères de cette communauté
Chapitre VII
L’Institut réitère son précepte sous-jacent : L’homme doit poursuivre son développement naturel loin de tout environnement synthétique.
Épigraphes,
« Extrait d’un discours prononcé par Nicholas Reid, Membre de l’Institut, Échelon 88, au Collège Technique de Madère :
La vocation de l’Institut est d’œuvrer à l’excellence de l’humanité. Nous nous efforçons d’augmenter les tendances bénéfiques et de décourager celles qui sont morbides et exécrables.
Notre credo tire son origine de l’histoire de la race humaine, dont l’évolution s’est poursuivie pendant des millions d’années dans l’environnement naturel.
Que se passe-t-il quand un poisson de mer est transféré en eau douce ? Il est agité de mouvements spasmodiques et meurt. Considérez, maintenant, une créature dont les sens, les capacités et l’instinct ont été modelés par l’environnement naturel, par l’interaction avec le soleil, le vent, les nuages, la pluie ; la vision des montagnes et des horizons lointains ; le goût d’une alimentation naturelle ; le contact avec le sol. Que se passe-t-il quand cette créature est transférée dans un environnement synthétique ? Elle devient névrosée, victime de manies hystériques, d’hallucination délibérée, de perversion sexuelle. Elle s’occupe d’abstractions au lieu de faits, elle s’intellectualise et devient incompétente. Confrontée avec une véritable épreuve, elle hurle, se met en boule, ferme les yeux, se souille et attend. C’est un pacifiste qui a peur de se défendre. »
Les hommes modernes urbains sont trop raffinés et ont perdus leur énergie et talents naturels, passant leur temps à la critique vaine.
"Extrait de Pour une meilleure compréhension de l’Institut, par Charles Bronstein (82) :
Les hommes et les femmes urbanisés ne font pas l’expérience de la vie mais de l’abstraction de la vie, à des niveaux toujours plus élevés de raffinement et de séparation de la réalité. Ils deviennent processeurs d’idées, et ont inventé des occupations ésotériques comme le rôle de critique, le critique qui critique la critique, et même le critique qui critique la critique de la critique. C’est un très déplorable mésusage de l’énergie et des talents humains."
L’Institut est élitiste et par ses actions il tend à favoriser les extrêmes et par incidence, le chaos
Extrait de L’Institut : Une Introduction, par Mary Murray :
Notre génie tutélaire est le géant Antée.
Le mode de vie urbain est anormal.
"Sommes-nous élitistes, comme on l’affirme souvent ? En tout cas, nous ne nous prenons pas pour la lie de la société.
Nous approuvons le contraste, le déséquilibre social, les extrêmes dans la richesse. On nous accuse souvent de favoriser le chaos : ceci, toutefois, nous ne l’avons jamais admis. Les Pro-Urbains contre-attaquent ! « Vous le faites à la pose, espèces d’élitistes ! »
« S’ils aiment tant que ça le Pléistocène, pourquoi ne s’habillent-ils pas de peaux de bêtes et ne vont-ils pas loger dans des cavernes ? »
« Des résidents de tours d’ivoire très hautes et très lointaines qu’ils confondent avec l’« habitat naturel ».
« Quant à moi, plutôt manier le crayon dans un bureau à air conditionné que pousser une brouette dans la boue. »
Presque dans les mêmes termes :
« Plutôt cueillir les bourdes dans le manuscrit de quelqu’un que ramasser des tomates en plein soleil. »
Ou encore :
Plutôt conduire mon Fissel Filant qu’une mule entêtée. »
Chapitre XII
L’Institut entre –malgré-lui- dans l’intrigue, Gersen a affaire directement avec un membre de haut rang victime du plan machiavélique de Treesong, qui révèle la hiérarchie cachée : L’Institut est administré par une « dixade » : les membres d’échelon 101 à 111 (110 jamais attribué) le 111 est appelé Triune.
— Aha ! C’est là que nous avons fait une découverte intéressante. J’ai été frappé par la répétition d’allusions à l’Institut, et de remarques du genre « passe pour avoir un haut rang dans la hiérarchie » ou « évidemment un Membre de haut rang ». En fait, Béatrice Utz est connue comme étant « 103 ». Artemus Gadouth était le Triune[*].
* : L’Institut classe ses membres de l’Échelon 1 à l’Échelon 111. Le 111 est le Triune. Les Échelons 110 et 100 ne sont jamais attribués
(...)
Vous êtes Membre de l’Institut ?
— Plus maintenant. À l’Échelon 11, j’ai découvert que l’Institut et moi œuvrions dans des sens opposés. »
« L’Institut n’est pas seulement fort, il est souple. Les harmonisations normales sont en cours.
— Dans le cas présent, l’harmonisation ne sera pas tellement facile. Le survivant, le numéro six, a empoisonné les autres. Son nom est Howard Alan Treesong. »
Leta Goynes considéra la photographie. « L’information est terrible – si elle est exacte. Et je vois qu’elle doit l’être. Comment est-il parvenu à l’Échelon 99 ?
— Par fraude, extorsion, menace, pression morale… je suppose. Il n’a sûrement pas gravi les échelons un par un. Mais une question plus importante : quels membres de la Dixade manquent sur la photo ? Et où sont ces membres ? »
Elle avait repris peu à peu l’attitude typique des échelons supérieurs de l’Institut : une sereine et exaspérante indifférence aux événements, y compris ceux risquant d’avoir des répercussions personnelles.
L’Institut ne s’intéresse pas en général aux problèmes sociaux courants, même quand il s’agit de criminels notoires comme Howard Treesong.
Chapitre IX
L’Institut réunit les plus grandes intelligences de l’Œcoumène et seuls les militants les plus déterminés parviennent aux échelons supérieurs à 100.
Dwyddion : « Et subitement je me suis retrouvé à l’Échelon 50, puis 60 ! J’ai dirigé la campagne contre les pesticides sur Wirfil ; j’ai travaillé comme agent de liaison avec les Pois et Haricotiers de la Jungle Naturelle d’Armongol. Tous me considéraient comme le parangon de l’activiste de l’Institut ; j’étais dominateur, tranchant, sublimement certain que mes idéaux étaient les meilleurs de tous les idéaux possibles. Mon rang a monté en flèche dans la hiérarchie, dépassant les 80, les 90 et, dès lors, plus de campagnes, plus de programmes – je m’occupais désormais de doctrine. J’avais le temps de me reposer, de réfléchir. Je suis allé devant les membres de la Dixade ; j’ai assisté à leurs délibérations, j’ai participé à leurs banquets, finalement j’ai été promu 99.
J’avais investi trente-deux ans de labeur et de sacrifices dans une cause que les instances dirigeantes considéraient au mieux avec une approbation indulgente.
« Notez bien, c’étaient les plus grandes intelligences de l’Œcumène ; ces gens n’étaient ni corrompus ni malhonnêtes ! J’ai compris peu à peu qu’en parvenant à leur plein développement et à l’élargissement du champ de leurs perspectives ils avaient perçu que la force et la vertu de l’Institut résident non pas dans ses buts, ni dans leur réalisation prometteuse, mais dans son fonctionnement en tant que système dans lequel des personnes comme moi-même peuvent dépenser leur énergie et, ce faisant, transformer une société qui, autrement, serait figée. »
Le bond de l’Échelon 99 au 101 est plus grand que, disons, de 70 à 99. Et cela parce que les membres de la Dixade partagent un secret, que je vais maintenant vous communiquer.
Quand vous atteignez la Dixade, vous vous retrouvez bien au-delà des principes fondamentaux qui vous ont amené à l’Échelon 99. La nouvelle idéologie est contenue dans le Secret. » Il m’a confié alors ce Secret. Les dix secondes auxquelles j’ai fait allusion se sont écoulées. J’ai dit : « Monsieur, non seulement je suis incapable de me rallier à votre point de vue, mais je ne veux pas siéger avec la Dixade. Bref, je démissionne à l’instant et irrévocablement de l’Institut.
La dixade partage un secret : l’humanité et l’Institut sont deux forces opposées, la Dixade qui est la troisième force doit maintenir l‘équilibre entre des deux premières, quitte à jouer contre l’Institut lui-même.
« — Et le Secret ?
— Il est implicite dans ce que j’ai dit. Les membres de la Dixade percevaient la société comme séparée en trois éléments. Par ordre de grandeur, c’étaient la masse de l’humanité, l’Institut et la Dixade. L’humanité et l’Institut étaient considérés comme des forces opposées en état d’équilibre dynamique. La Dixade avait pour fonction de maintenir la tension et d’empêcher un des côtés de dominer l’autre. En conséquence, la Dixade a souvent agi en opposition avec l’Institut, créant constamment des situations propres à indigner et stimuler les membres de l’Institut. Voilà le Secret.
Dwyddion émit un bref éclat de rire désabusé. « J’ai découvert quelque chose à mon sujet. Le « Secret » me gênait. Je me suis vu pendant trente-deux ans : le bûcheur acharné, la dupe zélée gouvernée par la phraséologie de l’Institut, vénérant le Triune et la Dixade, méprisant l’ensemble de la population. Puis j’ai appris le Secret, pour mon désarroi. Maintenant que je suis Triune, je dois soit transmettre le Secret à la nouvelle Dixade, soit le taire. »
Chapitre X
Ce chapitre clot le rôle de l’Institut dans l’intrigue (Gersen va continuer à traquer Treesong...).Vance confirme que le dernier Prince démon, Howard Alan Treesong avait monté un complot interplanétaire visant à éliminer la Dixade pour devenir le Triune et plonger l’Œcoumène dans le chaos.
Épigraphe
Reportage illustré dans Le Clairon de Pontefract :
LE TRIUNE DE L’INSTITUT DÉCRIT LE FANTASTIQUE BANQUET DE MORT
Accusé : Howard Alan Treesong
Toutes les instances dirigeantes empoisonnées ; un complot pour prendre la direction de l’Institut attribué au tristement célèbre « Roi des Criminels », au « Prince Démon » Howard Alan Treesong.
(...)
« Inutile de le préciser, son classement abusif dans la hiérarchie est annulé.
« J’ai nommé une nouvelle Dixade d’après une liste de promotions authentiques. L’œuvre de l’Institut se poursuit.
femmes & filles vanciennes
Jack Vance nous a livré dans ses nouvelles et ses romans des portraits de personnages féminins étonnants, qu’ils soient majeurs ou parfois secondaires dans l’oeuvre, ces personnages ont toujours un rôle déterminant soit dans l’intrigue soit par leur interaction avec d’autres personnages ou leur influence sur l’évolution des ces personnages.
Sur l’ensemble de son oeuvre on peut malgré tout, observer que non seulement Vance ne fait jamais preuve de misogynie mais, au contraire applique parfois - avant l’heure - ce que l’on appelle de nos jours la discrimination positive !
L’oeuvre de Vance est immense, le rôle ou la description des femmes dans certains romans ou nouvelles n’est pas toujours positif et parfois leur manifestation est perçue comme négative où pire sans intérêt, il y a même des nouvelles où aucun personnage féminin n’apparaît. Sans rentrer dans l’argumentation souvent outrancière des « féministes » on peut raisonnablement considérer que certains personnages peuvent avoir une aura maléfique ou négative qu’ils soient masculins ou féminins. On ne peut accuser Vance de misogynie pour avoir créé dans Cadwall un personnage tel que Spanchetta - une horrible mégère agressive et manipulatrice – ce genre de personne existe vraiment et dans ce roman elle est essentielle à l’ambiance comme au déroulement de l’intrigue. D’autres fois ce sont ses héros masculins qui peuvent avoir un comportement en apparence misogyne – la « misogynie ordinaire » souvent décriée mais encore courante dans nos sociétés actuelles ; dans ces cas Vance ne fait que dépeindre des comportements (ou préjugés) aussi inconscients que réalistes.
Les mondes créés par Vance se situent généralement dans un avenir lointain avec des sociétés très diversifiées allant du très barbare au très policé avec un far-west sauvage (« l’Au-Delà ») où sévit la violence, l’esclavage et le non-droit. De ce fait la condition féminine peut se décliner dans les termes les plus extrêmes et ce quelque soit le sentiment et l’opinion personnelle de Vance sur la question car l’histoire prime et de plus Vance était loin d’écrire « politiquement correct ».
Dans Les Maîtres de Maxus dont le sujet est l’esclavage : les soeurs et la mère du héros sont vendues comme esclaves pour travailler dans les usines de Maxus. Il va chercher à les libérer par des moyens compliqués et s’oppose à un esclavagiste et sa maîtresse qui fomentent une révolution sur Maxus. Les femmes sont soit des victimes soit des conspiratrices exaltées Vance cite : « Les femmes sont la porte de l’enfer »...
Dans Miss Univers des « femmes » de races extraterrestres participent à un concours de beauté, ce comble de la vanité féminine ne réjouira donc pas les féministes mais pourtant, à la fin, c’est le mâle qui en prend pour son grade...
Dans les Oeuvres de Dodkin, Dodkin va de bureau en bureau pour trouver l’origine d’un décret idiot et rencontre des administrateurs et qu’ils soient hommes ou femmes, ils ou elles sont parfaitement égaux dans leur incompétence...
Dans Tschaï ou la bien-nommée Planète de l’Aventure il y a quelques personnages féminins importants notamment Ylin-Ylan la Yao dorée et Zap 210 la Pnumekin, la première, mélancolique, sombre dans la folie meurtrière avant de se suicider et Zap 210 évolue du Pnumekin maigre et asexué vers une jeune fille bien formée et amoureuse. Les autres personnages féminins sont mineurs ou décoratifs, comme les prêtresses du Mystère féminin qui haïssent les hommes et les sacrifient dans d’abominables rites ou la truculente patronne de l’auberge au bord de l’océan Draschade .
Dans la Planète Géante le personnage de Nancy - l’espionne – est secondaire mais central et évolue tout au long de l’intrigue. Vance la décrit à un moment comme « un paon parmi les corbeaux » (chap. XIX).
Dans le Prince des Etoiles, peu de femmes, d’ailleurs Vance parle plutôt de « filles », « péronnelles » ou « coquettes » le seul personnage un peu conséquent (Pallis Atwode) sert surtout de faire-valoir à l’aventurier-vengeur Kirth Gersen qui doit la sauver des griffes du monstrueux Hildemar Dasce ; on trouve ici la figure de la « demoiselle en détresse » mais, roman d’aventures oblige, on peut lui pardonner ce biais conventionnel, qu’il répétera plus ou moins dans les autres tomes de la geste des Princes Démons mais avec des personnages plus profonds, subtils et plus interactifs. Ainsi la mystérieuse Alusz Iphigenia, princesse d’un monde fantastique qui voyage en vaisseau spatial ou à dos de dnazd monstre centipède dans la machine à Tuer ; Ainsi la « Gentille » Jerdian Chanseth hautaine aristocrate Methlen très amoureuse ou la mère Tindle répugnante et vicieuse tenancière Darsh de l’auberge de Tindle dans le Visage du Démon ; ou comme l’énigmatique Alice Wroke et la rusée Mrs Cleadhoe du Livre des Rêves. Toutes ont des rôles clés dans chaque histoire et sont des personnages forts malgré les apparences.
Il est possible que le « syndrome de la schtroumpfette » (la surreprésentation masculine dans les média) s’applique à certaines oeuvres de Vance. C’était un traitement courant de la littérature SF de l’époque (fin de l’âge d’or de la SF) que l’on rencontre beaucoup moins de nos jours (2020) même chez Vance qui ne lisait pourtant pas de SF bien qu’il ait dévoré dans sa jeunesse tous les pulps de l ‘époque où « la demoiselle en détresse » était un poncif inévitable – au minimum sur les couvertures-.
Pourtant dès ses premiers récits dans les années 50 Les femmes ont joué un rôle bien plus que superficiel comme dans son premier roman publié en 1950, Les Cinq Rubans d’or, récit d’aventures spatiale presque caricatural où le héros Paddy Blackthorn se partage la vedette avec Fay Bursill l’envoyée de la Terre, femme énergique, intelligente et déterminée.
À cette époque il publie surtout des nouvelles, citons Une Fille en Or, qui décrit Lurulu une Lekhwar échouée sur la terre, La Princesse Enchantée, la Mytr...
Dans Abercrombie Station ou Cholwell et ses Poules en 1952 où il nous offre une véritable héroïne féminine : Jean Parlier, qui n’hésite pas à s’affirmer et à jouer du pistolet à aiguilles...
En 1965 dans Space Opera le personnage principal est Dame Isabel, rombière entichée de musique universelle et qui entraîne famille et amis dans un voyage spatial hasardeux.
En 1974 Alice et la Cité (renommé l’insupportable fille rousse du commandeur Tynett) décrit l’étonnante touriste Alice aristocrate ingénue mais non sans défense, déclenchant ses foudres sur ses adversaires masculins.
Dans sa féérique série de fantasy Lyonesse des années 80-90 les personnages féminins sont majeurs et omniprésents : Suldrun, Glyneth et Madouc rythment le récit.
Ses romans tardifs, la série Cadwall (87-92) et la Mémoire des étoiles (1996) ont des héros jeunes et masculins mais ils sont indissociablement accompagnés de leur pendant féminin.
Sa série ultime Escales dans les étoiles (1998) et sa suite Lurulu (2005) débute et se termine avec le personnage de Dame Hester Lajoie l’excentrique grand-tante du héros Myron Tany.
Quelque soit le personnage ou la situation, Vance ne fait jamais preuve de sexisme dans ses histoires, pas même de paternalisme ou autre sexisme « bienveillant », il décrit des personnes imaginaires conformes à l’histoire, au monde qu’il crée. Parfois certains clichés ressurgissent mais globalement Vance n’à pas de problème de « genre ». On ne peut s’en étonner si l’on considère qu’en l’absence de son père, il a été élevé par sa mère Édith, une femme solide, lettrée, musicienne, aux multiples talents ; sans parler de sa femme Norma qui semble avoir été quelqu’un d’exceptionnel et qui l’a accompagné activement tout au long de sa fertile carrière d’écrivain.
Viet Nam 1968
En 1968 à l’initiative privée de Judith Merril et Kate Wilhelm, il a été demandé à de nombreux auteurs américains de SF de se prononcer publiquement pour où contre la participation des USA à la guerre du Vietnam.
La liste a été publiée et payée en tant que page publicitaire dans le Galaxy de juin 1968.
1- Nous, soussignés, croyons que les États-Unis doivent rester au Vietnam pour s’acquitter de leurs responsabilités envers le peuple de ce pays.
2- Nous nous opposons à la participation des États-Unis dans la guerre au Vietnam.
Jack Vance a choisi la première. En tant qu’Américain et défenseur des libertés individuelles convaincu il était surtout opposé aux idéologies communistes/socialistes autant qu’au idéologies fascistes ( Il semble que Vance ne se considérait pourtant pas comme libertarien). En France à l’époque beaucoup d’intellos (de gauche à l’époque..) n’ont pas apprécié (et pas compris) et l’ont classé à tort comme écrivain « de droite » tentant ainsi de l’ostraciser mais cela n’a en rien gêné ses succès ulterieurs.